La “vidéo-protection” n’est pas une solution satisfaisante : la sécurité est aussi une affaire d’urbanisme, de visibilité de la police municipale et de coopération avec les habitants.
Par Esteban Garcia.
⏩ En bref
L’insécurité (cambriolages, voitures dégradées…) et les incivilités n’épargnent aucun quartier de St André. Les coûteuses caméras de vidéosurveillance promises par la mairie ne suffiront pas à en venir à bout. On le sait déjà, car d’autres villes ont essayé avant nous. Elles déresponsabilisent les habitants, n’empêchent pas les délits et la police nationale est trop souvent débordée pour exploiter les images après coup.
La sécurité requiert des moyens humains et une réflexion globale : une police municipale plus visible, des quartiers éclairés, des rues animées, des citoyens qui veillent les uns sur les autres et une meilleure coopération avec les forces de l’ordre.
Pour Osons, la tranquillité publique ce n’est pas seulement la lutte contre l’insécurité, c’est pouvoir sortir sans crainte, laisser ses enfants jouer dehors, rentrer chez soi sereinement. Et c’est un droit fondamental.
🔎 En détail

Un investissement colossal pour des résultats très incertains
🚗🔧 Cela devient malheureusement régulier : des Andrésiens se réveillent et, au moment de partir travailler, retrouvent leur voitures désossée ou vandalisée sur la voie publique. En décembre, c’était rue Varlet, rue de l’Amiral Courbet, avenue du Maréchal de Tassigny, rue Marcel Hénaux, rue de Lille, rue de Lambersart ou encore rue Emile Vandamme. Cet été, ce fléau a frappé les quartiers quai 22 et Ste Hélène, jusque dans les parkings privés des résidences. Le phénomène est national (1), qui alimente un vaste trafic de pièces détachées. Il serait absurde de jeter la pierre aux élus actuels, qui n’y peuvent rien.
💰💰 Ceci dit, des choix politiques ont été faits en matière de sécurité et la campagne électorale est le moment d’en débattre. La majorité actuelle est convaincue que la multiplication de ces délits nocturnes justifie le colossal investissement (534 000 €) engagé pour équiper la ville de caméras de vidéosurveillance et d’un centre de supervision urbain pluricommunal (2) avec La Madeleine, Marquette-lez-Lille et Wambrechies. Ceci en exploitant l’ancien bâtiment du Trésor Public, en centre-ville, qui aurait pu devenir un lieu ouvert à tous alors que les associations andrésiennes manquent cruellement de locaux.
🤔 Malheureusement — on le sait déjà, car d’autres villes ont essayé avant nous — cela ne résoudra pas durablement le problème de l’insécurité, qui concerne principalement à St André des atteintes aux biens (voitures, cambriolages…) et des incivilités. Pire : la croyance dans l’efficacité d’un tel dispositif de « vidéoprotection » empêche de penser tous les aspects du problème, dont l’urbanisme. Ou encore la capacité de la mairie à obtenir des contreparties de la MEL, qui a la prévention de la délinquance parmi ses compétences… et a d’ailleurs lancé fin 2024 une consultation pour créer un centre métropolitain de supervision urbain (3). Quitte à aller dans cette direction, pourquoi ne pas s’associer à la MEL et supporter le coût à 4 communes seulement ?
👀 Qui connaît St André, ses recoins, ses dents creuses, ses friches en attente de reconversion, ses maisons vides parce que préemptées, ses édifices à l’abandon…sait très bien qu’il sera impossible de surveiller chaque recoin de la ville. Et encore moins d’agir en direct, avec 3,5 ETP de policiers municipaux censés avoir un œil sur les images des 375 caméras dispersées dans les 4 villes associées dans le projet porté par la majorité actuelle. Dans la ville voisine de Marcq-en-Baroeul, qui s’est équipée de caméras et d’un centre de supervision urbain dès 2010, l’adjoint à la sécurité en convient : pour qu’un tel système soit efficace, il faut qu’un opérateur donne l’alerte immédiatement. Et c’est malheureusement plutôt rare. Résultat : en dépit d’importants investissements, Marcq figurait en 2022 dans le top 20 des villes les plus cambriolées (4).
🔗 Parviendra-t-on seulement à coincer après coup quelques malfrats ? Rien n’est moins sûr, car la police nationale, qui instruit les plaintes et est aujourd’hui la seule habilitée à requérir les images, est débordée. À tel point que la presse confirme ce qu’ont déjà vécu plusieurs Andrésiens : porter plainte ne sert plus à rien pour de petits préjudices (5) : les plaintes sont classées sans suite pour soulager des commissariats sous l’eau. C’est notoirement le cas du commissariat de Marcq-en-Barœul, qui aurait plus de 2 000 plaintes en attente d’instruction. Il y a bien sûr quelques enquêtes où les images de vidéosurveillance ont été déterminantes. On comprend bien d’ailleurs que les promoteurs de la vidéosurveillance en fasse la publicité. Malheureusement, il y a peu de chance que la plainte relative à la dégradation de votre véhicule mobilise les mêmes moyens que pour retrouver les voleurs du Louvre…
Las de constater que les caméras publiques ne servent finalement pas à grand-chose, les particuliers sont de plus en plus nombreux à installer les leurs… quitte à se mettre hors la loi, puisqu’il est interdit de filmer l’espace public, pour des questions évidentes de respect de la vie privée. C’est un cercle vicieux.
Toutes ces interrogations à propos de la “vidéo-protection”, nous les avons évoquées pendant le mandat durant le conseil municipal. Sans être écoutés.
Des 👀 et des 👮
Le groupe Osons n’est pas, par principe, contre la vidéosurveillance. D’ailleurs, il faut le reconnaître, la délinquance recule immédiatement après l’installation de caméras. Ou plutôt elle se déplace, dans les endroits les moins surveillés. À partir du moment où les communes voisines s’équipent, il devient donc nécessaire d’en faire de même, au risque de devenir provisoirement le terrain de jeu privilégié des délinquants. C’est un peu comme avec Waze, qui détourne le trafic dans les villes lorsque la rocade nord-ouest est bouchée : si les communes voisines abaissent la limitation de vitesse à 30 km/h pour éviter que Waze ne considère le passage en centre-ville comme un formidable raccourci, eh bien vous devrez faire la même chose… au risque de recevoir tout le trafic chez vous. Bref, pour en revenir aux caméras : elles feront certainement se déplacer la délinquance dans les zones les moins surveillées, jusqu’à ce que leur effet dissuasif s’estompe. Et puis, les délinquants ont une longueur d’avance sur la ville, qui s’équipe tardivement. Pour rendre les caméras aveugles, ils circulent avec les plein phare et les antibrouillards, ce qui empêche de lire les plaques d’immatriculation. Et ils œuvrent cagoulés.
Lorsque nous aurons constaté cela, il sera trop tard : les caméras auront contribué à déresponsabiliser les citoyens, légitimement convaincus que puisque tout est filmé, tout est sous contrôle. Qui pourrait donc leur en vouloir de ne pas alerter les forces de l’ordre en cas d’activité suspecte ? Et c’est un peu de l’esprit village à St André, où l’on veille les uns sur les autres, qui s’en ira. Et pourtant, rue de l’Amiral Courbet, dans la nuit du 30 décembre, c’est une riveraine qui est parvenue à mettre les vandales en fuite !
De la “vidéoprotection” à la vidéo-verbalisation”, il n’y a qu’un pas
La suite de l’histoire, on la connait aussi : le coût des caméras, de leur entretien et des systèmes informatiques de conservation des images (6) apparaîtra alors bien élevé par rapport à l’efficacité du dispositif. Et l’équipe municipale en place aura alors la même idée géniale que dans un certain nombre de villes du Sud, qui ont investi à perte des millions dans la « vidéoprotection » : mettre en place la vidéo-verbalisation des usagers, pour tenter de rentabiliser l’investissement. L’assurance de se prendre un PV si vous restez en double file trop longtemps devant la boulangerie. Mais aucune garantie sur le fait de ne pas retrouver votre voiture désossée le lendemain sur la voie publique.
Nous pensons donc que tout miser sur la « vidéoprotection » est une erreur stratégique : il nous semble nécessaire de travailler sur d’autres facteurs pour dissuader la délinquance d’opérer à St André. À commencer par l’éclairage public (pensez au chemin de halage qui borde le quartier Ste Hélène, toujours plongé dans le noir), l’urbanisme et la gestion des flux (là où il y a du passage et de l’animation, les délinquants ne sont pas tranquilles) ou encore la mobilisation de moyens humains sur le terrain, par exemple des patrouilles de police municipale à vélo et à pied.
Le dispositif « Voisins vigilants » avait été expérimenté à St André il y a une dizaine d’années. Nous proposons de le relancer, sous un forme mieux encadrée et soutenue par l’Etat, à travers un réseau de « Habitants référents sécurité », spécialement formés, qui mailleront le territoire. Le fait de conserver une caserne de sapeurs-pompiers en centre-ville n’est pas anodin non plus : puisque nos pompiers volontaires sont amenés à être appelés à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, ils sont susceptibles de déranger ceux qui cherchent de la tranquillité pour opérer. N’en déplaise aux vendeurs de caméras, qui ont bien du mal à trouver une étude qui démontre leur efficacité à long terme, l’humain est parfois plus efficace que la technologie. Que la Cour des Comptes décrit comme un « gaspillage d’argent public » (7). Pour une mairie qui tient serrés les cordons de la bourse, investir dans une solution si inefficace, c’est un comble !
Repenser le rôle de la Police municipale
Nous ne sommes pas les seuls à nous interroger sur le rôle de la police municipale ; Le Monde évoque même la réflexion autour de ses missions et de sa coordination avec les autres forces de sécurité comme un sujet central des prochaines municipales (8). Et c’est justement parce qu’on prend le sujet de la sécurité très au sérieux qu’on enrage de voir St André se fourvoyer, en attendant des miracles de l’installation de caméras, alors qu’il est urgent de réfléchir à tous les aspects du problème. D’ailleurs, au terme du prochain mandat, il ne faudra pas seulement regarder l’évolution du nombre de délits ; il serait intéressant de mesurer, par exemple, le ressenti des parents, qui auparavant laissaient leurs enfants bien plus libres dans l’espace public (9). Voilà ce que nous entendons par l’esprit village : une ville dans laquelle chacun se sent en sécurité, à toute heure du jour et de la nuit. Une ville ou la sécurité publique reste l’affaire de tous. Et sans fausse promesse, qui risque de frustrer tout le monde. A commencer par nos policiers municipaux eux-mêmes.
🤝 Nos engagements
• Des patrouilles de police municipale à pied et à vélo, pour rassurer et dissuader en journée, en soirée et le week-end, avec des effectifs stabilisés.
• Des « Habitants Référents Sécurité » formés par la police dans nos quartiers, dispositif encadré et soutenu par l’État. Ils donnent l’alerte, savent quoi faire en cas de comportements suspects et sont en lien direct avec les forces de l’ordre.
• Le retour du Conseil local de sécurité, des médiateurs de rue et d’une Maison de la tranquillité publique pour prévenir, apaiser et agir.
• La transparence sur les chiffres de la délinquance dans la ville, à travers un bilan semestriel. Nous ne sommes pas dogmatiques : nous soutiendrons tout ce qui fonctionne !
• Face aux incivilités, il n’y aura ni laxisme ni brutalité, mais des réponses rapides, fermes et justes. Notre ligne est simple : plus de présence humaine, moins d’angélisme, zéro fatalisme.
• Un diagnostic sur l’éclairage public, le développement des mobilités actives qui peuplent les rues, des lieux de vie et de l’animation dans chaque quartier, une attention particulière portée aux friches, maisons vides, terrains préemptés par la MEL ou la ville
Références
(2) https://www.villesaintandre.fr/23409-centre-de-supervision-urbain-pluricommunal.htm
(5) https://www.humanite.fr/societe/delits/petits-prejudices-deposer-plainte-ne-sert-plus-a-rien
(6) Le coût annuel de fonctionnement du dispositif n’a pas été communiqué par la majorité.
(8) https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/12/29/municipales-2026-les-polices-municipales-a-l-heure-du-tournant-securitaire_6659679_823448.html
(9) De 10 km pour un enfant de 8 ans en 1919 à moins de 300 mètres pour un enfant du même âge en 2007. Dans la même veine, le nombre d’enfants qui jouent dans l’espace public a diminué de 50% entre 1983 et 2008. https://www.tousapied.be/articles/nos-enfants-ont-ils-perdu-le-droit-de-jouer-et-de-se-deplacer-librement/
(10) Voir pour l’inspiration l’Observatoire de la tranquillité publique à Paris https://www.paris.fr/pages/la-police-municipale-se-dote-d-un-observatoire-de-la-tranquillite-publique-23790